PEN INTERNATIONAL

La littérature, quelle que soit son origine nationale, ne connaît pas de frontières et devrait rester une valeur commune aux nations en dépit des bouleversements politiques et internationaux.

P.E.N. est une association mondiale d’écrivains. L'acronyme « P.E.N. » est dérivé du mot anglais « plume », dont les trois lettres représentent également les mots poets, essayists, novelists (poètes, essayistes, nouvellistes - romanciers). P.E.N. rassemble aujourd'hui des poètes, des romanciers, des essayistes, des historiens, des auteurs dramatiques, des critiques, des traducteurs, des rédacteurs, des journalistes et des scénaristes qui partagent tous le même intérêt pour le métier et l’art de l’écriture, et le même engagement en faveur de la liberté de s’exprimer par le mot écrit. P.E.N. œuvre sur les six continents grâce à ses 142 Centres présents dans près de 100 pays.

Fondé à Londres en 1921 par la romancière Catherine Amy Dawson Scott, P.E.N représentait au départ les poètes, les essayistes, les rédacteurs et les romanciers. De nos jours, tous les écrivains professionnels qui souscrivent à la charte du P.E.N peuvent en faire partie. Parmi les membres fondateurs et les tout premiers membres, on compte Joseph Conrad, D.H. Lawrence, George Bernard Shaw et John Galsworthy.

Par ses réunions et ses congrès annuels – le plus récent, le 72e, a eu lieu à berlin en mai dernier et le prochain, le 73e, se tiendra à Dakar, au Sénégal, en juillet 2007 - le P.E.N international offre une tribune aux écrivains, qui peuvent discuter librement de leur travail et s’exprimer au nom des écrivains réduits au silence ailleurs dans le monde. Aux quatre Comités internationaux permanents, le Comité de défense des écrivains persécutés, le Comité des écrivains pour la paix, le Comité des femmes écrivains et le Comité de la traduction et des droits linguistiques, s'est ajouté récemment un Comité pour les écrivains en exil.

Les Centres individuels travaillent ainsi à la promotion de l’amitié et de la bonne volonté parmi les écrivains, à la compréhension entre eux par le biais de la littérature, afin de dissiper les haines entre les races, les classes et les nations. Ils défendent plus particulièrement les écrivains victimes de régimes répressifs, qu'ils soient de droite ou de gauche.

P.E.N. est une organisation apolitique, non gouvernementale, dirigée par une Assemblée composée des délégués issus de chaque Centre qui en élisent les officiers et le Comité exécutif. Il a un statut consultatif à l’Organisation des Nations unies et entretient une relation officielle avec l’UNESCO. Les Centres de P.E.N jouissent de leur autonomie dans le cadre des principes de la charte qui les rassemble.

 

LE CENTRE QUÉBÉCOIS

Parmi les 145 Centres du P.E.N. International dans plus de 100 pays à travers le monde, le Centre québécois est l'un des plus anciens, datant de 1926, à peine cinq ans après la fondation à Londres, de l'organisme d'écrivains qui, sous l'appellation P.E.N., - le signe de la plume et les lettres P pour poètes, E pour essayistes, et N pour « novelists », romanciers en anglais - mène une action de solidarité et de défense du droit d'expression partout où il est menacé. Le Centre québécois rassemble près d'une centaine d'adhérents, auteurs dans tous les genres littéraires, traducteurs, membres des professions du livre qui ont à cour de défendre la charte du P.E.N. où prime l'appui à des écrivains persécutés ou exilés grâce à des campagnes contre l'impunité des crimes contre des écrivains, contre les lois qui limitent le droit d'expression, pour la défense des droits linguistiques.

Le Centre P.E.N. créé à la suggestion spécifique de John Galsworthy, s'est vite consacré à l'accueil des personnalités littéraires européennes de passage, dont les Français Sacha Guitry, l'abbé de Poncheville et André Maurois, l'Anglais Bertrand Russell et l'Étatsunien Thornton Wilder. Les membres canadiens de ce « club » se réunissaient avec leurs invités dans un salon montréalais, le plus souvent à Westmount, pour parler littérature, échanger des opinions sur la situation des écrivains dans leur pays respectif et lire des extraits de leurs textes. En 1985, Hugh MacLennan décrivait le Centre P.E.N. des années soixante comme a sort of social club for the establishment. Quant à lui, il aurait plutôt préféré qu'on s'attaque aux questions de droits d'auteurs...

Les anglophones y ont été longtemps majoritaires, quoique des francophones remarquables y aient figuré et laissé leur marque : le juge Fabre-Surveyer, Victor Barbeau, Gabrielle Roy, Thérèse Casgrain, Paul Morin, Robert Choquette, Paul Beaulieu, Jean-Jacques Lefebvre, Pierre Elliott Trudeau, Marie-Claire Blais, Louise Gareau-Desbois, Jean-Éthier Blais. Du côté anglophone, la présence dynamique de Lawrence Lande, de Katherine Roy, de Frank Scott, du Dr Wilber Penfield, de Hugh MacLennan, d'Alexander Fodor, d'Elizabeth Spencer, d'Edgar Cohen et de bien d'autres écrivains et poètes, ajoutait une dimension sociale et intellectuelle à un groupe d'une quarantaine de membres, formé à l'anglaise, habitué au consensus et aux thés littéraires.

Dès le départ, le sens de la nécessité politique qu'avaient les écrivains anglophones de Montréal leur a fait constater qu'il fallait vite donner au P.E.N. une vocation de bilinguisme, que les écrivains des deux langues qui formaient les « solitudes » annoncées devaient se rassembler et établir un dialogue. Avant même que la littérature canadienne anglaise ou que la littérature québécoise ne se nomment vraiment, ces tenants de la littérature anglaise écrite au Canada et de la littérature française écrite au Québec s'élevaient au-dessus des différences ressenties et échangeaient entre eux et avec leurs collègues étrangers, puis écoutaient les lectures faites par les uns et les autres.

C'est par ailleurs la question qui se pose toujours de façon cyclique dans bien des centres : faut-il privilégier l'action, la représentation militante auprès des autorités gouvernementales étrangères et nationales pour défendre les écrivains menacés ou persécutés, ou bien faut-il entretenir entre nous un réseau de rencontres sociales, avec dîners et tables rondes pour discuter littérature ? 

Présentement, et depuis quelques années, grâce entre autres à la présence militante de Louise Gareau-Desbois et, plus récemment, de Roger Paul Gilbert, P.E.N. Québec est dans une période agissante, engagé dans les grandes questions qui occupent ou menacent notre société, où toutes les libertés ne sont jamais totalement et absolument acquises, d'une part, mais aussi les sociétés lointaines où le prestige de nos succès sociaux et économiques, l'importance de notre poids de pays libre peuvent faire une différence auprès des autorités délinquantes et apporter une solidarité réconfortante aux victimes de répression, de menace ou de sanctions injustes à cause de leurs écrits.

 

P.E.N. Québec  et  P.E.N. Canada

 

La Révolution tranquille au Québec, puis l'effervescence qui a porté le Parti québécois au pouvoir se sont reflétées dans l'orientation du P.E.N. canadien vers deux nouvelles formations. Il a fallu accepter le fait incontournable que la langue est le médium des écrivains et qu'il s'avérait nécessaire pour la plupart des écrivains anglophones que Toronto, désormais un centre de la vie littéraire anglo-canadienne, établisse un centre P.E.N. pour le Canada anglais, cependant que le Centre québécois formerait une association entièrement francophone à Montréal. La question avait été soulevée en 1966, au congrès de New York, par Jean-Guy Pilon ; Germaine Guèvremont, Jacques Lamarche, Andrée Maillet et Alice Parizeau fondaient un « P.E.N.-Club canadien-français » reconnu en juillet 1967 au congrès de la Côte-d'Ivoire. Mais ce projet n'a pas progressé et ce n'est qu'en 1982 que le « Centre francophone canadien du P.E.N. international » a finalement été reconnu à la conférence de Londres.

Plus de cinquante ans après la présidence de Georgina Sime (1926-1931), une séparation s'effectuait donc, non sans une certaine acrimonie et au regret d'écrivains anglophones montréalais pour qui Toronto n'était pas la « capitale culturelle ». Le Centre « francophone canadien », devenu « québécois » en 1989, allait de l'avant sous la présidence de Jean Éthier-Blais (1983-1994), tandis que Margaret Atwood assumait celle de P.E.N. Canada. Déjà, les francophones Victor Barbeau (1935-1937), Jean-Jacques Lefebvre (1961-1963) et Louise Gareau-Desbois (1975-1977), en plus de Jean Éthier-Blais (1980-1983), avaient présidé le Centre. Il faut dire au passage que, longtemps avant que la correction politique ne le suggère, de nombreuses femmes ont mené l'organisme : après Georgina Sime, il y a eu Helen Guiton, Gwethalyn Graham, Dorothy Duncan, Grace Campbell, Constance Beresford-Howe et Katherine Roy, en plus de Louise Gareau-Desbois et Jeanne Demers. 

Le Centre québécois, qui a eu en un temps jusqu'à 150 membres, connaît, à partir de 1984, un nouvel essor. Il obtient ses lettres patentes et s'active par la levée de fonds pour le Comité des écrivains en prison à l'occasion d'événements comme la conférence du Prix Nobel William Golding au Jardin botanique, un concert à la Chapelle du Bon Pasteur, l'accueil d'écrivains libérés de prison, des dîners-conférences, des échanges avec d'autres centres P.E.N.

Le projet de tenir un congrès international P.E.N. au Canada avait déjà germé dans les esprits avant 1984, de sorte que les deux centres canadien et québécois participèrent au succès du Congrès de 1989, tenu en deux volets à Montréal et à Toronto, à l'époque où John Ralston Saul était président de P.E.N. Canada. Quelque cinq cents personnes y assistèrent, dont certains écrivains distingués d'Europe et des Amériques.

Après le départ de Jean Éthier-Blais, Jeanne Demers, professeure émérite à l'Université de Montréal, membre de la Société royale du Canada et de nombreux autres organismes littéraires, a présidé le Centre de 1994 à 1999. Ces années ont été consacrées à l'assainissement des finances de l'association et ponctuées de nombreux déjeuners ou dîners-conférences, et de l'accueil d'écrivains de passage au Canada, comme le dissident chinois Wei Jingseng. Noël Audet a en 1999 succédé à Jeanne Demers à la présidence, mais des ennuis de santé l'ont empêché d'assumer cette fonction.

Le président actuel est Émile Martel, poète et traducteur, assisté de Roger Paul Gilbert, vice-président et chargé du Comité des écrivains en prison, et de Stéphanie Lemétais, secrétaire exécutive.

Le Centre cherche en tout temps à recruter de nouveaux membres et désire également élargir son action auprès d'autres associations d'écrivains avec lesquelles il entend négocier des protocoles de solidarité. En plus de l'UNEQ, grâce à laquelle il dispose de bureaux à la Maison des écrivains, P.E.N. Québec est en relation avec Amnistie internationale, les Écrivains francophones d'Amérique,  la QWF et l'Association des écrivains de Laval.

Des amis pour le Centre québécois de P.E.N.

 

Le membership du Centre québécois est ouvert à ceux dont la profession touche au domaine de l'écriture, même s'ils ne sont pas à proprement parler des auteurs. Des journalistes, des éditeurs et des traducteurs ont adhéré au au P.E.N. et l'effort de recrutement continue. Mais il y a un statut d'Ami de P.E.N.-Québec pour celles et ceux qui veulent suivre notre action et l'aider, assister à nos événements et recevoir notre Bulletin.

L'idéal de défense des droits de la personne, la mission spécifique de protéger la liberté d'expression écrite et, dans la foulée, d'apporter une aide à la fois morale et matérielle à des écrivains dont les droits sont bafoués, ne sont pas le privilège de leurs seuls frères et sœurs écrivains. On encourage le public en général, plus particulièrement ceux que l'indignation face à l'injustice incite à l'engagement, ceux que des expériences de lecture ou de voyage, ou un simple coup d'œil sur les nouvelles arrivent à indigner et à motiver, à joindre leurs efforts aux nôtres.

Il est réconfortant et utile d'envoyer des cartes de vœux à des auteurs emprisonnés et qui croupissent au bout du monde. Il est fréquent qu'une fois libérés ils nous écrivent, à nous et aux autres Centres de P.E.N., pour nous remercier, pour nous dire toute l'émotion que leur causait la solidarité que nous leur avions manifestée.

Et puis nous pouvons envoyer à la famille d'un écrivain quelques livres en espérant que ses geôliers accepteront de les lui remettre, une somme de quelques centaines de dollars pour l'aider à retrouver sa place dans une société à laquelle il peut parfois difficilement se réintégrer après des années à l'ombre, un chèque pour un fonds d'appui à sa cause. Les Amis de P.E.N. achemineront ainsi, vers de lointains amis, une compassion manifeste et un geste chaleureux. 

 

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Centre québécois du P.E.N. international
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